Je rentre d’un séjour méditatif dans la Drôme … Quatre journées ensoleillées, en petit groupe, dans un cadre idyllique au cœur de la nature, pour poursuivre le chemin de pleine conscience que j’ai emprunté il y a quelques années.

L’envie m’est venue de partager ici l’expérience vécue au cours d’une pratique, simplement intitulée « Voir ». L’invitation consistait à ce que chacun s’installe dans un lieu aux abords de la salle de méditation, au milieu de la nature, un espace délimité dans lequel se sentir à sa place. Une fois installé, la proposition des instructeurs nous conviait à « Voir » l’espace autour de soi… Voir avec un regard non focalisé d’abord, capable de se laisser surprendre par les couleurs, les mouvements, les ombres, les formes et tout ce que la nature offre à nos yeux… Voir également en portant attention aux sons, aux odeurs, aux sensations tactiles et kinesthésiques, voir avec l’énergie du cœur, de l’âme, voir ses propres pensées, voir tout ce qui peut l’être, tout ce qui s’invite à la conscience. Choisir de porter un regard attentif, curieux, conscient à ce qui est là. Une pratique simple dont la mise en œuvre comporte toujours quelques obstacles pour moi. Une pratique de pleine conscience qui, comme la plupart, me permet de grandir et d’avancer sur mon chemin de vie.

Le choix du lieu me fut aisé, un petit ruisseau en contrebas, sous les arbres, Ruisseauau cœur des arbres, surplombé par les arbres. Ce ruisseau, je le connais, je l’ai rencontré l’an passé lors d’un stage similaire, je l’avais d’ailleurs retrouvé la veille au cours d’une balade… L’invitation consistait à « Voir » ce qui est, avec le regard de la première fois. Et ce lieu qui m’était conceptuellement connu allait m’offrir de nouveaux cadeaux, me permettre de nouvelles découvertes, soulever en moi des flots d’émoi…

Je décidai tout d’abord de m’installer sur ce rocher moussu que j’affectionne, en posture de méditation, prête à savourer le moment, un peu inquiète aussi par la quantité de bestioles déferlant autour de moi. Je fus tout d’abord attirée par un son … bzzzz … une mouche virevoltant au-dessus de ma tête, puis se posant sur une feuille d’arbuste pas bien plus grande qu’elle … puis réitérant son manège volant pour retourner exactement au même endroit, et recommençant encore et encore. Je me sentis alors surprise par la couleur verte scintillante de cette mouche, un vert quasi-identique à celui de la feuille sur laquelle elle reposait, un peu de brillance en plus comme si une légère rosée s’était aventurée sur son dos. J’observais alors ma pensée défiler … Qu’est-ce qui avait permis de créer une telle espèce à la couleur végétale ? Tenait-elle sa teinte de son errance forestière ? Le vert de son corps lui permettait-il de se camoufler plus aisément dans la masse feuillue afin de se protéger de quelque prédateur ? Je me sentis alors connectée à ce que la vie nous offre à tous, bien qu’il ne soit pas toujours aisé de le saisir : les moyens de nous protéger, de prendre soin de nous, pour notre survie. J’en fus émue. Et la mouche s’envola définitivement …

Mon regard errait depuis cette rencontre, il se posa finalement sur une feuille arrivée là dans le ruisseau depuis je ne sais où. Elle gigotait joyeusement au gré du courant, elle dessinait dans l’eau brune des sillons dansants. J’eus l’envie de danser avec elle. Ma pensée se mit à imaginer d’où elle venait : peut-être était-elle née sur un arbre au loin dans la montagne, peut-être avait-elle traversé maints obstacles avant de s’arrêter sous mes yeux pour prendre un peu de repos, peut-être avait-elle voyagé à travers mille paysages et rencontré mille congénères feuillus… Et où irait-elle ensuite ? Quelle serait sa destination ? La choisirait-elle ? Là encore, je me sentis connectée à quelque chose de plus grand que moi, une force vivante émanant de cette nature grouillante. Qu’est-ce qui avait décidé que cette feuille-là se détacherait de son arbre pour effectuer ce voyage ? Je me sentais soudainement telle cette feuille … Ma pensée se perdit dans les souvenirs du chemin qui m’avait moi-même amenée à m’arrêter là, au bord de ce ruisseau, après avoir traversé quelques obstacles apportés par la vie, après avoir voyagé à travers divers paysages et rencontré d’autres humains sur ma route. Où irais-je ensuite ? Je ne crois pas qu’il y a 10 ans, j’aurais pu dire que ma vie ressemblerait à celle que je mène. Je pris alors conscience que, malgré mes projets bien ficelés, je n’avais aucune idée du lieu exact dans lequel je serais dans 10 ans. Un vertige me saisit. Je le sentis, sans toutefois le laisser m’embarquer dans son bateau de craintes. En lâchant prise, en revenant à moi-même, je compris que ce qui comptait vraiment n’était pas là où je serais dans une décennie mais l’expérience que j’étais en train de vivre en cet instant : la conscience d’une vie qui se déroule, avec tant de choses qui échappent à notre contrôle. J’en fus émue. Et la feuille poursuivit sa danse aquatique…

Un peu plus tard, mon regard se posa sur une drôle de coque, une demi-coque plutôt, que je pris pour une sorte d’écorce de noisette. Je ramassai cet objet et fus saisie par la douceur de sa peau claire. Il y avait des traces à l’intérieur. Une émotion de joie me prit et ma pensée s’égara à nouveau, imaginant quels animaux avaient pu déguster le contenu de ce drôle d’objet. Cela me rappela que la nature nous offre chaque jour de quoi nous nourrir. Chaque jour, je remplis mon assiette grâce à ce que la nature a d’elle-même produit, grâce à d’autres humains aussi, qui ont semé, labouré, récolté, travaillé, … Je me sentis alors connectée aux autres et au monde, quelle douce émotion que celle-ci, elle m’emplit instantanément d’une chaleur envoûtante. J’en fus émue. Et je décidai de préserver l’ordre établi en remettant la drôle de demi-coque précisément à sa place, comme moi je me sentais, en cet instant, précisément à la mienne…

Je continuai ainsi de Papillonme laisser porter par mon regard, par les sons merveilleux de la nature, par les odeurs de la forêt, par tout ce qui éveillait mes sens… Tantôt des émotions surgissaient, comme la joie qui s’installa dans un sourire à la vue de papillons dansants à deux, je les imaginais s’amusant, riant, partageant … Tantôt je me perdais dans quelques pensées qui m’emmenaient loin de ce ruisseau. La pleine conscience, c’est cela aussi … Voir les pensées qui passent, qui nous amusent ou nous bousculent, auxquelles nous adhérons à certains moments et desquelles nous nous distancions d’autres fois. Voir ce mental qui parfois s’arroge le droit de contrôle sur notre vie, le remercier d’être là pour veiller, puis revenir à ce qui se passe dans l’instant.

Nous disposions de quarante minutes pour expérimenter cette contemplation de la nature. Bien que je n’en sois pas familière, je me laissai toucher par ce qu’elle m’offrait. Puis vint l’heure du retour. Je me sentais nourrie.

En chemin vers la salle de méditation, j’entendis sur ma droite un criquet, bien visible au milieu des herbes folles. Je me penchai pour l’observer, le dévisager, l’apprivoiser – et, avec lui, apprivoiser mes vieilles peurs de tout ce qui grouille. Et pendant que mes yeux écarquillés se délectaient de cette vision, un son haut dans le ciel se fit entendre, un cri, un crissement presque. J’élevai mon regard vers ce qui avait capté mon attention et là, majestueux, les ailes toutes déployées, un rapace dont je ne pourrais dire le nom me rappela que notre monde allait décidément de l’infiniment petit à l’infiniment grand… Que moi-même, en tant qu’humain, je représentais un élément si petit à l’échelle de la planète et du temps … et si grand à l’échelle de ma vie et de celle de mes proches. Cela me rappela également l’impact que je peux avoir sur ce monde, que chacun peut avoir en cette vie… Un impact qui paraît parfois bien petit, mais qui compte tant. Car cette mouche, cette feuille, cette drôle de coque, ce criquet, ce rapace, tout comme chacun de nous contribuent à l’équilibre de la Vie. Je pris conscience de cela, un instant qui sembla durer une éternité. J’en fus émue, émerveillée. Et je repartis emplie de gratitude pour cette nature qui contribue tant à la Vie.

Stage de Pleine conscience réalisé avec Thérèse et Thierry Buffel dans la Drôme. Pour toute information concernant leurs pratiques : http://www.presence-relation.fr