Il y a longtemps que je souhaite rédiger quelque chose de simple à propos de cet Ego compliqué, tant les questionnements qui l’entourent sont nombreux. Ces questionnements m’habitent depuis plusieurs années, ponctuant mes cheminements personnels. Ces questionnements s’invitent également en séance avec les personnes qui viennent me consulter. Toutefois, comment en parler ? Il y a, tout d’abord, le problème de la définition … Nombreuses théories ont apporté leur contribution aux réflexions concernant l’Ego, il existe moult littérature et foultitude de descriptions… Néanmoins, j’ai souvent eu le sentiment que l’Ego vivait telle une anguille, se faufilant entre nos doigts nous empêchant de le saisir pleinement. Ce petit texte constitue donc un partage de la manière dont j’appréhende cette anguille polissonne, sans référence à une théorisation précise.

Pour faire simple, je conçois l’Être Humain comme un mélange imbriqué de sensations, émotions, pensées, intuitions, schémas, éléments inconscients, et tutti quanti. La plupart du temps, je différencie l’être profond, ce que certains appellent l’âme, cette part de nous douée d’authenticité, d’ancrage, de justesse et d’Amour. Notre être profond me parait sensitif, connecté à ce qu’il est et à ce qui se déroule en lui et autour de lui. Et il y a l’écran, cette illusion que nous donnons à voir aux autres et à nous-même, ces masques divers que nous enfilons pour nous adapter, pour nous sentir intégrés, aimés. Parmi ces masques, il y a celui du mental, ensemble de pensées, de schémas, de croyances, de conditionnements issus de notre histoire de vie, issus de ce qui nous a été agréable et de ce qui nous a fait souffrir. Ce masque mental nous confère divers outils utiles à notre vie : la réflexion et le raisonnement, la catégorisation qui simplifie l’appréhension des choses et augmente l’efficacité, les étiquettes qui aiguisent notre sens critique et sécurisent nos croyances, … En quelque sorte, le mental transforme et interprète la réalité afin de nous la rendre plus accessible ou plus supportable. La parole, le langage, les mots constituent, à mes yeux, une expression de ce mental. Prenons par exemple la joie… Lorsque j’utilise le mot « joie » pour décrire l’expérience que je suis en train de vivre, je la transforme rien qu’en la nommant. Car la joie véritable – de même que la peine ou la colère authentique – se manifeste en réalité par un bouquet de sensations corporelles et de pensées, que nous synthétisons en un seul mot pour rendre l’expérience partageable. Cette synthèse nécessite un traitement mental.

Bien qu’une partie de notre propre expérience et de celle des autres échappe à la compréhension de notre mental, une petite partie de celui-ci nous convainc qu’il SAIT. Ce qui nous échappe se voit alors jugé négativement, alors que ce nous contrôlons se voit jugé positivement. Cette partie-là, c’est l’Ego. Plutôt qu’en décrire les processus d’installation ou les théories psychologiques le concernant, il me semble plus utile (et plus aisé pour moi !) de lister quelques-unes de ses manifestations… Ainsi, l’Ego est celui qui, sans notre consentement conscient, s’octroie le droit de :

  • Juger, cliver, cataloguer en bon / mauvais ou en positif / négatif, exclure

  • Dévaloriser une partie ou la totalité de notre Être … et / ou la valoriser (pour rappel, si je me valorise, je nourris mon Ego … Si je développe avec moi-même une relation sympathique, amicale et bienveillante, je nourris mon estime de moi … j’y reviendrai)

  • Dévaloriser autrui … et / ou le valoriser

  • Prendre une place qui n’est pas la sienne, voire toute la place

  • Créer de la dépendance avec un autre Humain

  • Se mettre en avant, étaler ses atours physiques ou intellectuels, pour recevoir de la gratification

  • Donner … et culpabiliser autrui si rien n’est reçu en retour

  • Se mettre en rivalité, écraser, dénigrer ou médire de son voisin

  • Guerroyer avec ses semblables

  • Se positionner en bourreau (« tu ceci !!! » et « tu cela !!!!! »)… et également en victime (qui bloque toute responsabilisation) ou en sauveur (pour rappel, sauver, c’est apporter à l’autre une aide qu’il n’a pas demandé ou faire à sa place quand il pourrait avoir l’autonomie de ses actes, …)

  • Et tutti quanti …

L’Ego est donc bien souvent comme une pièce de monnaie à deux facettes opposées : le bon d’un côté et le mauvais de l’autre, ce qui nous ressemble sur une face et ce qui nous est étranger sur la seconde face, ce qui est jugé bien, agréable, souhaitable et ce qui ne l’est pas … L’Ego fait fi des nuances de la vie, de ce qui sonne juste, de la compassion, de l’altruisme et de la compréhension intuitive du monde.

Pour compléter, je fais un petit arrêt sur ma conception de l’estime de soi, de nombreuses personnes souffrant actuellement en ce domaine. Il parait parfois tentant d’améliorer cette estime par la valorisation. Si l’élan semble louable, voire généreux, fonctionnel à court terme, il me parait limité à moyen terme. En effet, la valorisation constitue un jugement autant que la dévalorisation, comme les deux facettes de ladite pièce de monnaie. Si mon estime de moi se construit sur une suite de valorisations (« je suis ceci » ou « je suis cela »), je vais rechercher sans cesse et sans fin de nouvelles valorisations pour ne pas voir s’effondrer la tour fragile ainsi bâtie. Le système de jugement est nourri, alimenté, il grandit inlassablement, insidieusement … jusqu’à l’effondrement si une dévalorisation surgit tout à coup face à un échec, un imprévu, une erreur, un coup dur ou autre douleur humaine. A mes yeux, l’estime de soi se développe comme une amitié que nous bâtissons avec nous-même, à travers la connaissance de soi, dans nos forces et nos limites (« je dispose de telle qualité et j’éprouve telle difficulté »), dans nos émotions et appétences, dans la reconnaissance que chacun de nous est à la fois unique et pareil aux autres Humains. L’estime de soi nécessite de se défaire autant que possible des jugements et de gravir la montagne de l’authenticité et de la justesse. Probablement, le chemin de toute une vie …

Néanmoins, ne nous mettons pas à juger notre Ego, il a son utilité, sa fonction, sa raison d’être. Il est une base sur laquelle notre identité se construit et certainement que dans nos quotidiens, nous avons besoin d’un peu d’Ego saupoudré avec parcimonie. La difficulté n’est donc pas l’Ego lui-même, mais le fait que nous adhérons souvent aveuglément à ce qu’il nous dit, aux illusions qu’il place astucieusement entre le monde et notre regard.

Ainsi, du mieux possible, tentons de reconnaître ses manifestations afin de ne pas lui laisser toute la place et, également de ne pas le laisser aux commandes de notre navire intérieur chaque fois qu’il le décide… Tout en restant bienveillant avec nous-mêmes lorsque nous n’y parvenons pas ! L’Ego nous fut précieux dans notre propre construction, il s’avère encore précieux parfois lorsque nous sommes fortement ébranlés. Remercions-le de sa présence, des services rendus, de sa détermination à éloigner de nous ce qui nous est déplaisant ou dangereux … Oui, remercions-le, puis prenons tranquillement la liberté de nous en écarter, d’emprunter la direction non-jugeante de la bienveillance, de l’authenticité et de l’Amour… A chaque fois que cela nous sera possible, choisissons ce chemin, celui de la Vie !

Pour rappel et si vous souhaitez apprendre à repérer quelques-unes de vos habitudes mentales, j’organise un cycle de méditation MBCT (thérapie cognitive basée sur la pleine conscience) à EgoMarquette-Lez-Lille. Je propose une soirée d’information le lundi 18 septembre à 19h (pour ceux qui se sentent intéressés, pensez à vous inscrire !) :

Infos concernant le cycle sur mon site internet (Activités -> MBCT) :

http://estellejoguet-psychologue.fr/index.php/mbct-psychologue-a-lambesart/

Inscription par mail : estellejoguet@yahoo.fr

Et quelques idées de lecture pour aller plus loin :

« Les 4 accords toltèques » – Don Miguel Ruiz

« Et tu trouveras le trésor qui dort en toi » et « Le jour ou j’ai appris à vivre » – Laurent Gounelle

« On est foutu, on pense trop : comment se libérer de Pensouillard le hamster » – Serge Marquis

« L’âme du monde » – Frédéric Lenoir